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2 janvier 2008 3 02 /01 /janvier /2008 10:50

LE PATRIOTE  RESISTANT -  FNDIRP : janvier 2008 N° 816 -

                                       EDITORIAL DE MAURICE CLING vice-Président de la FNDIRP :

 

La suite dans les idées

 

  Les déclarations du président de la République à Alger nous intéressent au premier chef. Mentionnant les « innombrables victimes des deux côtés », il a appelé à les honorer toutes, ce qui ne laisse pas d'évoquer d'autres thèmes dénoncés dans ces colonnes depuis plusieurs années. Renvoyer les adversaires dos à dos est une contre­vérité. Le FLN ne disposait ni de tanks, ni de canons, ni d'aviation, ni de napalm, etc., et le nombre de victimes est par conséquent sans commune mesu­re de part et d'autre, outre le fait que la colonisa­tion et ses crimes dataient de 1830.

Ce qui nous concerne plus particulièrement, c'est qu'on retrouve ici la même analyse que dans le cas de la Seconde Guerre mondiale. Après la célèbre cérémonie de Bitburg (1985), où l'on vit le président Reagan déposer avec le chancelier Kohl des fleurs sur la tombe des SS, et l'indignation qu'el­le suscita dans notre pays, les problèmes liés à l'Histoire n'ont pas cessé de peser lourdement sur l'évolution de l'Europe. On le voit notamment dans ce qui oppose l'amalgame nazisme-communisme largement répandu en Allemagne, à la tradition d'union antifasciste concrétisée en France par le CNR, et que poursuit ardemment notre Fédération depuis 1945.

Des événements récents montrent un dévelop­pement croissant du projet de remodeler la mémoi­re de la Seconde Guerre mondiale en brouillant les cartes, en occultant ce qui fâche, en renversant les valeurs qui ont présidé à la création de l'ONU et aux grandes déclarations historiques qui ont suivi. Cette évolution était soulignée notamment dans l'éditorial du PR de février 2007 qui stigmatisait dans le « manuel franco-allemand » l'escamotage de la Résistance et le tour de passe-passe consistant à présenter bourreaux et victimes, militaires et civils, sous l'angle de la souffrance commune: statistiques globales des victimes de la guerre, équation des Alliés et nazis, Dresde, Hiroshima = Guernica, Varsovie, Auschwitz, tous victimes de guerre.

On touche du doigt ici la continuité et la cohé­rence avec les déclarations d'Alger: il y eut des crimes de part et d'autre, honorons toutes les vic­times, et tournons-nous vers l'avenir.

Mais il est apparu que le manuel en question n'était qu'une partie visible de l'iceberg. Dès octobre 2006, les « Premières rencontres interna­tionales de la mémoire partagée » réunissaient à l'Unesco les représentants de 24 pays, « venus de cinq continents ». L'événement s'inscrivait, « pour la première fois dans le monde » (Jacques Chirac), dans le cadre de « la mémoire combattante ». Pour une meilleure compréhension entre les peuples, il y était proposé de couvrir « les conflits du XXe siècle ». Nulle mention de la Seconde Guerre mon­diale, du nazisme, de Vichy, etc. Ainsi noie-t-on le poisson hitlérien dans l'océan abstrait des « conflitsdu XXe siècle » et le tour est joué. « Cachez ce sein que je ne saurais voir », écrivait Molière dans Tartuffe.

D'autre part, le concept central des « Rencontres » était « le respect mutuel », à savoir le

« respect total de nos histoires respectives ». Belle formule, qui signifie en fait rien moins que chaque pays honore ses combattants « qui se sont inves­tis au service de leur patrie »,

« beaucoup jusqu'au sacrifice suprême pour défendre leur pays, pour défendre leurs idéaux » ((sic) Hamlaoui Mekachera) - donc idéaux nazis aussi. Ici encore, la France honore son armée, l'Allemagne sa Wehrmacht et ses SS, puis on construit ensemble une Europe apaisée et réconciliée...

Les auteurs français et allemands du fameux manuel y étaient naturellement invités à s'exprimer ès qualité, mais ni la FMD, la FNDIRP ou la FNDIR. Quelle est donc cette Europe qu'on nous prône, qui fait l'impasse sur l'expérience essentielle qu'elle a connue du nazisme et de ses complices ? Pas la nôtre, certes, pas celle qui fut préfigurée dans les camps nazis par des résistants européens avant la lettre, unis contre la barbarie.

Nous ne tomberons pas dans le piège tendu par la ministre de la Défense Mme Alliot-Marie aux « Rencontres internationales » : « À la repentance, je préfère la réconciliation sincère ». Alternative pié­gée, cousue de fil blanc, car les deux termes sont également faux: la « repentance » religieuse, dépla­cée ici, et qui relève du sentiment, n'est pas en cause. Ce qui l'est, c'est de reconnaître comme à Nuremberg la responsabilité du nazisme et de ses complices dans les crimes inouïs commis de 1933 à 1945, pour bâtir l'Europe a contrario, au lieu de l'escamoter. Quant à la « réconciliation », on a dit depuis longtemps dans ces colonnes qu'elle n'avait pas de sens pour nous, car les résistants luttaient contre l'Allemagne nazie, et non contre l'Allemagne, ce nazisme qui avait ouvert ses camps depuis 1933 pour nos camarades allemands antifascistes.

Le président Sarkozy veut réconcilier les mémoires ». Lesquelles? Faut-il se réconcilier avec les « combattants » pétainistes ignorés par nos gou­vernants, et que dire des résistants, « combattants » sans uniforme également ignorés? « La question, ne sera pas posée! » déclarait le président du tri­bunal de l'Affaire Dreyfus.

Si l'on ajoute que le pape Jean-Paul II concluait son message d'Auschwitz (27 janvier 2005) lu par Mgr Lustiger en prêchant l'amour des bourreaux attesté selon lui dans le camp, pour le pardon et la réconciliation, on voit que l'exemple vient de haut.

     Sous le signe de l'émotion et de la compassion focalisées sur les victimes, on constate de plus en plus de manipulations de l'Histoire. Témoin la récente instrumentalisation de Guy Môquet présenté comme s'étant sacrifié pour la patrie, en gommant son engagement politique communiste inséparable de son patriotisme, en occultant le rôle du régime de Vichy qui l'avait arrêté, et de son ministre de l'Intérieur Pucheu qui l'avait désigné. La même notion de sacrifice que comporte le mot Holocauste, comme une insulte aux assassinés, en refusant de désigner le régime criminel et ceux qui l'ont soutenu.

Soulignons à ce propos le rôle des majuscules dans le vocabulaire dominant: outre Holocauste, voyez Shoah, voyez les Justes, voyez le Mal, etc., qui par leur connotation biblique transposent l'évé­nement historique dans le domaine du sacré, indi­cible, intouchable, tandis que le terme génocide, lui, s'écrit sans majuscule et participe de l'analyse critique qui permet de tirer des leçons, au-delà des larmes.

Les victimes sur lesquelles on limite l'attention (notamment les juives rarement présentées comme combattantes), rejoignent curieusement celles des bombardements de la guerre du manuel franco­ allemand (côté allié et côté nazi), en détournant des responsabilités qui n'étaient certes pas partagées.

Telle est la nouvelle vulgate présentée par les princes qui nous gouvernent, qu'on voudrait incul­quer maintenant aux peuples européens, et notam­ment à la jeunesse.

~~~~~

On comprend dans ces conditions que ce CNR « qui ne passe pas » pour certains, soit mainte­nant l'objet d'attaques virulentes, lui qui concentre toutes les valeurs de la Résistance et de la Déportation. L'exemple le plus récent et le plus signi­ficatif en est l'article de Denis Kessler (ancien vice-président du MEDEF) écrivant dans Challenges (4 octobre 2007): « Il s'agit de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ». Jamais un dirigeant autorisé du patronat français héritier du tristement célèbre « Comité des Forges » d'avant-guerre n'était allé aussi loin dans l'objectif déclaré du MEDEF et du gouvernement.

Tenons-nous le pour dit, nous dont l'esprit de ce programme constitue la charte. Devant ces graves menaces contre la vérité historique dans notre propre domaine, comme dans bien d'autres de la société française, nous resterons plus déter­minés que jamais à poursuivre « dans la voie que nous ont tracée » nos aînés et camarades dispa­rus, pour reprendre la formule de notre Guy Môquet.

     Nous maintiendrons » - selon la célèbre devi­se -, contre vents et marées, forts du passé et des acquis de notre Fédération, forts de la confian­ce que nous attachons à nos valeurs. Bon coura­ge, chers camarades et amis, bonne et heureuse année 2008! Soixante-deux ans de FNDIRP nous regardent.

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