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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 08:45

   Yves DIMICOLI

   28/03/2008

 

 

A PROPOS DE LA CRISE FINANCIERE

 

 

Depuis l’été dernier et l’éclatement de la « crise du subprime », c’est à dire des prêts immobiliers à risque aux Etats-Unis, se sont succédées de graves pertes des banques américaines et européennes, et même des faillites retentissantes. Pas un jour ne se passe sans secousses boursières, immobilières et de changes, tandis que s’annoncent des tensions sans précédent  sur les marchés de matières premières.

 

Des estimations circulent : le coût total de la crise du subprime pour le secteur bancaire mondial serait d’environ 200 milliards de dollars. Les banques américaines supporteraient 55% de la facture. En France, on estime ces pertes à quelque 11 milliards d’euros pour 2007, ce qui n’empêche pas les plus grandes banques d’afficher des bénéfices encore considérables.

 

Ce sont là des sommes bien sûr importantes. Mais beaucoup plus considérable est l’ampleur prise par les opérations financières. En effet, 200 milliards de dollars c’est moins d’une journée de variation des bourses mondiales et moins de 2% du total des actifs gérés par les fonds de pension.

 

L’élément déclencheur : la crise du « subprime »

 

Revenons sur l’origine de la crise : le crédit subprime et la spéculation. Il a permis à des dizaines de milliers de familles américaines d’emprunter sur 30 ans en bénéficiant, pendant les deux premières années, de taux très bas avant de devoir payer « plein pot » au taux du marché.

 

Jusqu’au début de 2007, les taux de marché étaient plutôt bas et, surtout, le marché de l’immobilier était en plein « boom » avec une folle montée des transactions et des prix. Des tas de gens achetaient une maison et la revendaient, empochant au bout de 2 ans une bonne plus-value, pour reprendre éventuellement un autre crédit subprime. Pire, les banques ont pu, sans aucune difficulté, faire lourdement s’endetter des familles aux revenus modestes en leur faisant miroiter ces perspectives.

 

Tout cela a fonctionné jusqu’à ce que le marché de l’immobilier se retourne et que ses prix baissent. De nombreuses familles se sont retrouvées alors en défaut avec la perte de valeur de leur maison devenue invendable et le relèvement des taux d’intérêt.

 

Les banques et les institutions financières ont accompagné sans limitation toute cette « cavalerie » en recourrant à des méthodes sophistiquées de dilution des risques. La « titrisation » leur a permis de découper en tranches les crédits risqués, de les transformer en titres financiers pour les refiler au détail, sur les marchés dits de « produits dérivés » à d’autres banques ou à des fonds spéculatifs.

 

Ainsi, les risques accumulés ont été progressivement disséminés dans tout le système financier mondial, les banques continuant sans difficulté d’accorder des crédits pour des opérations financières et immobilières de plus en plus risquées mais promettant de très fortes rentabilités. Quand la valeur de ces créances titrisées s’est mise à piquer du nez avec le retournement du marché hypothécaire américain, tout cet amoncellement s’est ébranlé. Plus personne n’acceptant de racheter de tels titres, les banques ont été obligées de rapatrier ces créances devenues douteuses dans leur bilan avec l’apparition de pertes et le besoin d’argent frais. La méfiance s’est propagée comme une traînée de poudre dans tout le système, les banques refusant de se prêter les unes aux autres alors que, cependant, c’est le « marché interbancaire » qui permet à ces institutions de se procurer 90% des liquidités dont elles ont besoin pour équilibrer leurs opérations quotidiennes.

 

Du coup, elles resserrent les conditions de crédit aux entreprises et aux ménages, ce qui pèse sur l’activité économique.

 

Banques centrales : des pompiers incendiaires

 

Tout cela a conduit, aux Etats-Unis, à un ralentissement sévère de la croissance faisant planer le spectre d’une récession, c’est à dire deux trimestres successifs de croissance négative.

 

Confronté au risque de spirale déflationniste, la Réserve fédérale américaine (la FED), a alors fortement réduit le loyer de l’argent au point que les taux d’intérêt réels( défalcation faite du taux d’inflation) sont aujourd’hui négatifs outre-atlantique. La FED injecte semaine après semaine, depuis des mois, des centaines de milliards de dollars de liquidités. Elle sollicite l’aide des autres banques centrales. Mais rien n’y fait, la crise financière est toujours là et on n’en voit toujours pas le bout.

 

En réalité, toute cette monnaie nouvelle mise à la disposition des banques et spéculateurs en difficulté sur l’immobilier sert immédiatement à spéculer sur d’autres marchés qui ne connaissent pas encore une crise paroxystique : les marchés du pétrole et de l’énergie, ceux de l’or et des métaux précieux, ceux aussi des actions sur les bourses de pays émergents. Et il faut ajouter les marchés de change sur lesquels s’arbitre le cours des monnaies avec des transactions quotidiennes dépassant désormais 3200 milliards de dollars contre 1800 milliards en 2004 !

 

En même temps, les interventions massives de la FED contribuent à la baisse du dollar, déjà très fragilisé par l’énorme surendettement américain et la perte de confiance des détenteurs internationaux de billets verts. Les liquidités servent en effet à alimenter la spéculation sur les devises, contre le dollar, et en faveur de l’euro notamment. La hausse intempestive des cours de ce dernier, en liaison avec les choix de la BCE d’un euro « fort » pour attirer les capitaux financiers, joue alors comme un nœud coulant, dégradant la compétitivité des économies européennes et incitant à la spéculation et à des délocalisations vers les Etats-Unis et la zone dollar.La déflagration initiale vient donc des Etats-Unis et même d’un compartiment particulier du marché mondialisé des capitaux. C’est que ce choc a commencé de faire éclater une gigantesque « bulle du crédit » gonflée par des taux d’intérêt encourageant les placements financiers et une colossale accumulation de « produits dérivés » évaluée à quelque 26.000 milliards de dollars ! Mais des regonflements sont aujourd’hui à l’œuvre.

 

Gains de productivité et spéculation

 

En réalité, depuis la fin des années 1980, les énormes économies de moyens matériels et de temps de travail humain permises par les débuts de la révolution informationnelle servent non pas à dépenser toujours plus pour développer  toutes les capacités humaines ( recherche, formation, salaires, retraites, services publics... ) mais, en contrepoint de fortes et permanentes suppressions d’emplois, à gonfler sans cesse les profits et le « cash » des grands groupes. Des masses de plus en plus considérables d’argent sont ainsi rendues disponibles pour les OPA, les dividendes, les placements financiers et immobiliers, une spéculation sans précédent dans l’histoire du capitalisme.

 

C’est cela même qui a conduit à la vive valorisation boursière des années 1990, au krach qui a suivi la dite « crise asiatique » de 1997-98, puis à la récession de 2001-2002 avec l’éclatement de la  suraccumulation de capitaux de la « bulle Internet ».

 

Les liquidités, accrues par l’intervention des banques centrales, se sont dirigées massivement vers les pays émergents et sur le financement de l’immobilier résidentiel, d’où la très forte hausse du crédit hypothécaire et des prix des maisons. Et l’explosion de cette « bulle immobilière » conduit  les détenteurs de liquidités, aidés à nouveau par les banques centrales, à spéculer encore plus sur d’autres actifs, notamment l’énergie, les matières premières alimentaires et les actions des pays émergents.

 

Ces nouvelles spéculations débridées font se profiler de nouvelles difficultés graves avec l’envolée du prix de l’énergie et des carburants, celle des prix des matières premières et produits alimentaires, la tension sur les monnaies, de nouvelles suppressions d’emploi et des prélèvements accrus sur le pouvoir d’achat des travailleurs et de leurs familles.

 

Bref, avec une contradiction grandissante entre l’accumulation de capitaux financiers et les pressions sur les salaires et les dépenses sociales, se profile le spectre d’une récession mondiale, sans doute vers 2010-2011, comme il y a eu une récession mondiale entre la fin 2000 et le début de 2002.

 

Pour le moment, on n’y est pas encore.

 

Récession ou pas ?

 

Les Etats-Unis y sont, certes, peut-être déjà entrés, après un fléchissement de la croissance au quatrième trimestre 2007 (+0,2%). Mais le soutien de la demande étrangère en provenance notamment des pays émergents, et le coup de fouet sur leurs exportations avec la dépréciation du dollar pourraient empêcher une plongée profonde et durable. On parle d’une éventuelle reprise au deuxième semestre 2008, en vue de laquelle, d’ailleurs, l’administration Bush vient de programmer une dépense publique supplémentaire de 168 milliards de dollars.

 

Mais surtout, dans les pays émergents, notamment ceux d’Asie, la croissance demeure encore fortement positive. En Chine, par exemple, l’augmentation du PIB a dépassé 11% en glissement annuel pour le 4ème trimestre consécutif. Dans le reste de l’Asie on enregistre une croissance supérieure à 6% en moyenne en 2007. Certes, elle pourrait ralentir dans les prochains mois.

 

En Europe, et singulièrement dans la zone euro, l’heure est au ralentissement. En glissement annuel, le PIB a progressé de 2,2% au 4ème trimestre 2007 contre 2,6% au troisième, soit le taux le plus faible depuis deux ans. Si l’Italie a vu son activité reculer de 0,1% au dernier trimestre 2007, ailleurs,  des facteurs de résistance existent, en Allemagne notamment.  La France connaît un fléchissement (+0,3% au quatrième trimestre 2007), mais selon l’INSEE, l’activité continuerait cependant de progresser au 1er semestre 2008, certes lentement : +0,4% au premier trimestre et +0,3% au deuxième.

 

Au total, et toujours selon les dernières prévisions de l ’INSEE, la croissance du PIB mondial fléchirait un peu en dessous de +5% à la fin du 1er semestre 2008, après +5,4% en moyenne sur les trois premiers trimestres de 2007.

 

Dans l’immédiat, on a à faire face à de sérieux défis sur l’emploi et les taux de salaire avec la limitation du crédit bancaire. A l’opposé des mesures de réduction des dépenses publiques et d’appui au traité de Lisbonne prônées par Sarkozy, il faut des transformations très profondes pour que le crédit bancaire cesse de servir à la spéculation et finance massivement le développement social et culturel de toutes les populations.

 

A gauche, comme à droite, on ne parle que de contrôler plus les opérations des banques ou les mouvements de capitaux, au lieu de ces transformations très profondes. Celles-ci devraient concerner :

 

-          Le développement des dépenses publiques et l’essor des services publics ;

 

-          Un nouveau crédit bancaire à taux d’intérêt d’autant plus abaissé pour les investissements réels qu’ils programmeraient plus d’emplois et de formations. Au contraire, le crédit bancaire serait pénalisé s’il doit servir pour la spéculation.

 

Cela doit se construire à trois niveaux :

 

-          Au niveau international, avec une transformation profonde du Fonds monétaire international (FMI) afin de s’émanciper de la domination du dollar et permettre l’essor d’un nouveau crédit sécurisant le développement de toutes les populations du monde ;

 

-          Au niveau européen, avec une transformation très profonde des missions et du rôle de la Banque centrale européenne (BCE) dont la politique monétaire soutiendrait d’autant plus le crédit des banques qu’il servirait à des investissements programmant plus d’emplois et de formations, tandis que le crédit servant aux opérations spéculatives serait pénalisé ;

 

-          Et sans attendre ces transformations, on peut tout de suite intervenir au niveau de la France et de ses régions avec la création de Fonds régionaux pour l’emploi et la formation à partir de dotations publiques qui permettrait de baisser le coût du crédit pour l’investissement des entreprises dans la mesure où il programme emplois et formations. Ces Fonds régionaux serviraient de base pour la création, le moment venu, d’un Fonds national pour l’emploi et la formation qui, doté des 27 milliards d’euros d’argent public aujourd’hui gâché en exonérations de cotisations sociales patronales, fonctionnerait selon les mêmes modalités que les Fonds régionaux. Simultanément, il s’agirait de promouvoir un pôle financier et bancaire public national.

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