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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 10:41
Regards de lycéens de Paris et de banlieue en marge des mobilisations de la semaine dernière contre la réforme Darcos. Ils évoquent le malaise social actuel, la politique
et nous parlent de leur avenir. Reportage au fil des manifestations parisiennes.
Retrouvez mardi, dans l’Humanité, l’analyse du sociologue, Olivier Galland.


Ils n’ont pas encore de statut protecteur, pas de RMI, pas d’assurance chômage, pas de droit à la formation. Et une fois arrivés sur le marché du travail, ils seront les plus vulnérables, en première ligne en cas de plan social. Tandis que la crise économique met en lumière leur manque de perspective, les lycéens ont forcé Xavier Darcos à reporter la réforme des lycées, le ministre de l’Éducation nationale parlant lundi d’un « climat de tension extrême ». Quelle est la vision de cette génération, née au début des années quatre-vingt-dix, sur le malaise actuel et le monde qui les attend ? Reportage, au long d’une semaine de mobilisation.

Lundi 20 h 30.
« Réveillon revendicatif » au lycée Voltaire à Paris

La cour du lycée est vide, les bâtiments plongés dans l’obscurité. Seule une fenêtre est éclairée. Dans la salle, des professeurs et une poignée d’élèves avec chips, saucissons, biscuits apéritifs et fond de musique. Trois lycéens, Mohamed, Thomas et Simon, acceptent volontiers de parler de la crise économique. Plus exactement, les trois potes acceptent de rejouer « l’embrouille sur le capitalisme qu’on s’est fait ce midi à la cantine ». Car Mohamed, dix-neuf ans, élève en terminale économique et sociale (TES), est membre du Mouvement des jeunes socialistes, tandis que Thomas, dix-sept ans, également en TES, et Simon, quinze ans, en seconde, font partie des Jeunesses communistes (JC). Et forcément, ils ne sont pas, mais alors pas du tout d’accord sur les leçons à tirer de la tempête financière. Mohamed commence : « Je ne suis pas anticapitaliste, car je respecte la liberté d’entreprendre. Ce que je critique, c’est la manière de gérer le capitalisme. » « Eh bien moi, rétorque Thomas, je suis convaincu que le capitalisme, ce n’est pas l’avenir. C’est même le cancer de la société. » Et Mohamed de concéder que « le vrai problème, ce sont les dérives du capitalisme, là-dessus Marx avait raison ». Tandis que la discussion s’enlise rapidement dans des vannes lancées à mi-voix, Tania, dix-sept ans, langue bien pendue et fringues de mini-hippie, s’invite d’autorité dans le débat. « Franchement, je crois que nos camarades s’en fichent un peu de la crise économique, tranche la jeune élève de 1re ES. Ce qui fait plutôt bouger les lycéens, c’est Hortefeux, les histoires de test ADN pour les immigrés et les atteintes à nos droits fondamentaux. » Et Tania d’expliquer dans la foulée qu’elle fait partie, comme son père, du « MARS Gauche républicain, un mouvement proche du PCF ». Avant de rembrayer sur le sujet : « Il se peut que la crise économique produise une crise sociale, un peu comme en Grèce. » « C’est vrai que la situation politique et économique en France commence à avoir un arrière-goût de pisse assez inquiétant », conclut Mohamed.

Au-delà des clivages politiques qu’ils affichent, et qui dissimulent mal le plaisir qu’ils ont à polémiquer, ces quatre-là partagent la même vision d’un avenir en forme d’impasse. « Là, on est encore dans un cocon, mais quand on va sortir, on va se faire démonter », souffle Simon, le cadet de la bande, qui doit d’ailleurs rentrer chez lui. Il a contrôle demain. « Ma mère me dit que j’ai raté mon bac parce que je milite trop », lâche Mohamed qui retape sa terminale. « Mais le truc marrant, c’est que l’année dernière, à l’épreuve d’éco, je suis tombé sur Keynes et je me suis gouré. Maintenant, j’ai compris ce que c’est », sourit le lycéen, en enfilant son écharpe. Lui aussi a contrôle demain.

Mardi 10 heures.
Rassemblement de la FIDL à Bastille

La majorité des manifestants sont massés sur les marches de l’Opéra, debout en rangs d’oignons, comme pour la photo. Ou plutôt pour les caméras postées en bas. La FIDL a décidé de maintenir son appel au rassemblement malgré le report de la réforme. « Maintenant, on veut le retrait pur et simple de ce texte qui nous pénalise », lance Bunavan, dix-sept ans, stickers FIDL sur le revers de la veste et casquette posée sur la tête. Élève en terminale scientifique à Émilie-Brontë, « dans le 7-7 », il estime que « la crise, les jeunes ne s’y intéressent pas trop puisqu’on ne la sent pas encore. Mais, en même temps, on en a tous entendu parler. Cela rajoute une couche à notre inquiétude, au fait qu’on est désorienté et qu’on sait plus trop où aller ». Lui veut se diriger vers des études de pharmacie. « Moi, je suis en seconde pro, pour devenir technicien de maintenance », dit Reda, seize ans, du lycée Marcel-Cachin de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Il jette la fin de sa roulée, avant de terminer : « Ils m’ont dit que quand tu es technicien de maintenance, tu trouves du boulot facilement. J’y crois pas. La vérité, c’est qu’on va tous galérer. » Plus loin, il y a Ben, vingt et un ans, en terminale « techniques de gestion », à l’Essouriau aux Ulis (Essonne). « C’est important de rester mobilisés pour ceux qui viendront après, par solidarité. Pour moi, j’ai confiance. Avec mon diplôme et le fait que je vais faire un BTS en plus pour bétonner tout ça, on peut dire que je suis sauvé. »

Mardi 15 heures.
Blocage du lycée Eugène-Delacroix, à Drancy (Seine-Saint-Denis)

Bousculade à l’entrée du bahut, de nouveau bloqué. « Darcos a reculé parce qu’on l’a fait flipper, on va pas lâcher l’affaire », lance un élève depuis la mêlée. « Ils ont pris la reculade de Darcos pour une petite victoire, un encouragement à continuer », confirme Éric, professeur de français et d’histoire-géo. Pour sa collègue Caroline, qui enseigne le français, « les élèves sentent confusément qu’il y a une injustice supplémentaire, que ce n’est pas pareil pour eux que dans les lycées parisiens ». Pour Mickaël, dix-sept ans, et Nadège, seize ans, porte-paroles des ados massés devant les grilles, la situation n’a rien de confus. « La crise économique se répercute sur la politique, argumente Mickaël, en terminale L. Le gouvernement veut faire des économies sur notre dos. Alors que nous sommes déjà en sureffectif, avec 1 795 élèves pour une capacité d’accueil de 1 500 personnes. » Ce grand gaillard, à la voix posée même quand ça hurle, est décrit par ses profs comme un « bon élève ». Mickaël suit même le module Sciences-Po, qui permet à des lycéens de banlieue d’intégrer le prestigieux Institut d’études politiques. Bref, pas le profil du dangereux casseur. Ce qui ne l’empêche pas d’être dans le collimateur du proviseur et du commissaire de Drancy (lire l’Humanité du 18 décembre). À ses côtés, il y a la petite Nadège, élève en 1re L. Elle a été marquée par « les 300 milliards donnés par Sarkozy aux entreprises. Déjà, on n’est même pas sûr que ça va marcher. Mais le pire, c’est que de l’autre côté, il retire l’argent qui sert vraiment à aider les gens. Faut arrêter de nous prendre pour des abrutis ! ». Pierre, quinze ans, cheveux blonds bouclés, vit la crise à travers les difficultés de ses parents. « Ils sont intermittents du spectacle, ils sont super inquiets. Et je crois que c’est un peu pareil pour les autres. Nos vieux nous transmettent leur peur. »

Jeudi. 15 h 30.
Manifestation FIDL/UNL. Gare Montparnasse

Parti du Luxembourg à l’appel des deux syndicats lycéens, la manifestation descend le boulevard Montparnasse. En vol stationnaire à la verticale du cortège, un hélicoptère fait pleuvoir des décibels sur le quartier. Nils et Nicolas, seize ans tous les deux, keffieh rouge pour le premier et noir pour le second, sont élèves au lycée Lakanal à Sceaux. Ils étaient présents au rassemblement de soutien, le samedi précédent, devant l’ambassade de Grèce. « En France aussi, le terreau est favorable, affirment-ils. Le pouvoir d’achat est en baisse, le problème des cités n’est toujours pas réglé et il y a cette réforme. » À côté, il y a David, dix-sept ans. L’année dernière, il était à Lakanal avec Nils et Nicolas. Mais cette année, il s’est retrouvé au PIL (pôle innovant lycéen), dans le 13e arrondissement. « C’est un bahut pour les décrocheurs scolaires », explique-t-il, en tentant d’endiguer avec un Kleenex un saignement de nez causé par les lacrymos. Le jeune homme l’affirme, au PIL, la crise, on connaît. « Beaucoup de nos parents ou de nos potes sont concernés. Certains d’entre eux, qui bossent dans des usines, sont même au chômage technique. » Et David de raconter à ses deux amis « l’interview du directeur de Peugeot à la radio, qui faisait de la langue de bois économique. Il refusait de répondre à la question du présentateur sur la fermeture éventuelle de l’usine d’Aulnay ». Mais le lycéen tient à préciser qu’il refuse de se focaliser uniquement sur son avenir professionnel. « On craint pour notre futur, bien sûr, mais on craint surtout pour notre présent. C’est maintenant que ça se passe. »

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