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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 12:07

Commémorer le 90ème anniversaire du Pcf et évoquer son histoire depuis 1920, exigent beaucoup de gravité mais aussi un regard distancié.

Il faut d’abord rappeler, contre l’immortelle bêtise de la thèse d’Annie Kriegel, que le Pcf n’est pas la « prise » inattendue d’un « greffon étranger » sur le « corps sain du socialisme français d’avant 1914 », mais que sa naissance en 1920 est le produit d’une histoire complexe et d’une décision réfléchie de la majorité des délégués au Congrès fondateur de Tours. Deux grands épisodes de crise historique majeure ont conduit à cette décision. Ce furent, d’une part, la Grande guerre avec ses terribles effets meurtriers et cinq années de surexploitation des travailleurs et des femmes du peuple ; d’autre part, à l’est de l’Europe, la victoire de la révolution russe, commencée comme un refus de la guerre, poursuivie par l’abolition du tsarisme puis achevée par une révolution sociale : ce sont ces deux éléments qui ont façonné la conscience politique des militants qui ont souverainement décidé de fonder une « Section française de l’Internationale communiste ». Si la visée et l’appellation « communiste » l’ont emporté à Tours, alors que le mot n’était guère en usage avant 1914, c’est que le terrain en était préparé en longue durée par l’imprégnation de classe qui animait le mouvement ouvrier français, en particulier depuis la Commune de Paris (1871). Mais aussi parce que le « communisme » avait tellement pénétré dans la conscience républicaine et populaire française depuis la Révolution française, que Marx et Engels en avaient trouvé, à Paris et en France, l’expression politique majeure quand ils rédigèrent le fameux Manifeste du Parti communiste de 1848. Le « communisme » est donc consubstantiel à l’histoire contemporaine de la France : c’est un fait.

Le conditionnement, à la fois structurel et conjoncturel, de ses origines a orienté l’action principielle du Pcf depuis ses débuts. Et les changements, quelquefois à cent-quatre-vingt degrés, de sa stratégie politique, de sa manière d’être et de s’exprimer, les modifications radicales, voire critiques, qui se sont introduites dans son organisation, son discours et sa raison d’être, de 1920 jusqu’à nos jours, n’ont jamais conduit à l’anéantissement des trois principes qui ont présidé à sa fondation. Retenons d’abord, la référence de classe qui a orienté toutes ses batailles pour le rassemblement populaire dans la lutte, notamment entre 1934 et 1938 (Front populaire), pendant la Résistance (CNR), aux lendemains de la Libération et encore aujourd’hui face à la politique de la droite sarkozienne. Impliquant le refus de toute collaboration, notamment idéologique, avec les forces du capital, cette orientation n’a jamais exclu la reconnaissance transitoire de ces compromis de fait où germent les luttes à venir, où prend racines une nouvelle perspective d’action. Au devoir internationaliste, le Pcf n’a jamais manqué : cela, presque jusqu’à l’épuisement, en particulier, dans son soutien passionnel, hélas  longtemps aveugle, à tout ce qui parut être le produit de l’Octobre russe de 1917 et des révolutions, dites « socialistes », du XXe siècle, consécutives à la défaite de l’hitlérisme et du Japon, en 1945. A la différence des formations libérales, sociales-démocrates et socialistes, c’est ce même internationalisme qui a conduit le Pcf à soutenir, guerres de libération, révolutions et mouvements anti-colonialistes partout où les peuples se sont heurté à la domination impérialiste, notamment, s’agissant de la France, au Viet-Nam, au Maghreb et en Algérie, en passant par Madagascar, l’Afrique et les territoires plus anciens, marqués par l’horreur de l’esclavage colonial. Mais le plus significatif au regard des grands enjeux qui ont transformé le monde de notre temps, fut sans doute l’engagement des communistes français et de leur parti, dans la lutte pour une  paix véritable, cela dès 1923, puis à partir de 1930 et enfin pour le désarmement nucléaire à partir de 1947, sans que cela ait jamais signifié capitulation devant le nazisme ou l’impérialisme. Les héritiers des capitulards munichois de 1938-1939 ou des sabreurs coloniaux, seraient bien avisés de ne jamais oublier  tout cela quand ils se permettent de se faire donneurs de leçons !

Quatre-vingt-dix ans après sa fondation, le Pcf vit et agit, non pour lui-même mais pour ce qu’il est capable d’engendrer en conformité avec l’essence de ce qu’il est : rassembler les forces qui luttent contre le capital et les politiques qui le servent. Son autorité repose sur trois données acquises : sa visible représentation dans la vie publique, par sa presse, ses élus, ses animateurs investis dans la mouvement social, culturel, environnemental ; ses propositions réfléchies et renouvelées pour aider le rassemblement populaire à surmonter les effets de la crise du capitalisme financier qui maltraite les humains ; l’incessante bataille idéologique, quoique encore bien trop insuffisante, qu’il dirige contre les préjugés, l’esprit de capitulation et les idées fausses, qui freinent le mouvement en avant de l’émancipation sociale des femmes et des hommes, en France et ailleurs.

En vérité, le Parti communiste est heureusement devenu une partie incontournable du patrimoine historique, culturel et idéologique de la France d’aujourd’hui.

      

Claude Mazauric: Historien  (adhérent du Pcf depuis 1952)  

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Parti communiste du Gard
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mireille raffaelly 08/12/2010 18:36


Merci à Claude pour cette analyse.J'en profite pour lui dire que son intervention à Vallabrix avait beaucoup impressionné les participants à notre assemblée.
Bien fratenellement


Daver jean-Marie 06/12/2010 12:58


j'ai eu le plaisir et la chance de partager les reunions
du comité federal du gard avec le camarade Mazoric a une certaine epoque.
Je partage entierement son analyse sur le 90 eme anniversaire du PCF;
et comme tous les camarades n'ont pas internet je vais faire parvenir sont intervention par courrier a ces camarades

Fraternel salut
jm Daver


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