Premières pages. En ce lendemain d’élection, la première la page la plus éloquente est sans doute celle de Libération : la caricature d’un Nicolas Sarkozy assommé surmonté par un grand « Et bling ! ». Plus conventionnellement, les autres journaux titrent : « La gauche confirme » (L’Humanité), « la gauche confirme sa victoire » (La Tribune), « la gauche transforme l’essai du premier tour » (Le Figaro), « net succès de la gauche, le gouvernement garde le cap » (Les Echos). Pourtant, écrit l’éditorialiste de L’Humanité, « ce n’est pas seulement le style présidentiel qui vient d’être renvoyé dans les cordes mais bel et bien le cap de la politique gouvernementale. » C’est un « nouvel échec pour Sarkozy-Fillon », se félicite le quotidien.
Succès de la gauche. La « poussée de la gauche [est] confirmée », lit-on dans L’Humanité et « la défaite de François Bayrou à Pau signe l’échec de l’opération Modem ». « Les élections ont montré que les Français souhaitent une gauche respectant ses alliances à gauche, avec les communistes, notamment. » Quant au Parti communiste, « il fait mieux que résister », car il y a « davantage de villes PCF », indique L’Humanité. Dans un article consacré à la Seine-Saint-Denis (« succès et tensions à gauche »), le quotidien explique que « la gauche fait un véritable carton dans ce département populaire de la couronne parisienne, où la droite minoritaire perd encore des points. » Mais, rappelle le quotidien, à gauche les tensions furent néanmoins très vives entre socialistes et communistes et la direction du département devrait finalement revenir au socialiste Claude Bartelone.
Aucune leçon. Malgré son succès, la droite fait mine d’ignorer la victoire de la gauche. C’est une « mauvaise foi soviétique » qu’étalait hier les porte-voix et le premier ministre de N. Sarkozy, s’emporte Libération. Pourtant, le fait est là. « Pour Fillon, il ne faut pas tirer des leçons nationales du scrutin », rapporte brièvement Le Figaro en première page. Et Etienne Mougeotte, le directeur de la rédaction du quotidien de réclamer « les réformes, plus vite et plus fort », non sans souligner ceci : « en 2012, à la fin du présent quinquennat, il y aura vingt-quatre ans que le PS n’aura pas gagné une élection présidentielle. »
Les enjeux. En fait, selon Libération, « au bout de dix mois, les municipales rebattent les cartes ». Pour N. Sarkozy, c’est un échec et « il y aura un avant et un après mars 2008 ». Mais il reste maintenant au PS à ne pas sombrer dans la « municipalisation » et à déterminer une nouvelle stratégie. Quant au Modem, les scores de ses listes autonomes au premier tour ont été « relativement bons » mais F. Bayrou a tout même « raté son pari » et « sa traversée du désert sera longue ». Enfin, ces élections révèlent un autre sujet d’inquiétude, l’abstention qui a été particulièrement forte dans certaines banlieues. Mais « comment s’étonner de la faible participation en banlieue, écrit le journaliste, alors que ce scrutin, comme les précédents, n’aura pas permis la constitution de listes représentatives de la diversité française ? » La présidentielle et sa forte participation n’aura-t-elle été qu’une parenthèse, s’interroge le journaliste ?
Les classes populaires. Les sondologues confirment le décrochage des catégories populaires qui, selon l’un d’eux, se serait produit entre le mois d’octobre et de décembre 2007. Ce sont les mêmes classes populaires sur lesquelles N. Sarkozy avait pu s’appuyer il y a dix mois qui, cette fois, ont majoritairement voté à gauche ou se sont abstenues. Stéphane Rozès explique : « Au-delà de l’aspect matériel, la question du pouvoir d’achat incarne de façon moins visible des valeurs comme le mérite ou le travail. Nicolas Sarkozy a réussi à incarner cette synthèse bonapartiste du social et du national au moment de la présidentielle. Mais, en esquivant la question du pouvoir d’achat en janvier, il a peut-être rompu son lien avec les classes populaires ». Mais cela n’explique pas tout. 33 % des membres des classes populaires interrogés disent avoir voté « pour s’opposer à Nicolas Sarkozy », mais 60 % déclarent s’être exprimés « en fonction de considérations purement locales ». « On peut d’ailleurs imaginer que l’électorat populaire ne voit pas de contradiction à voter pour une municipalité PCF qui leur assure du lien social et les protège, et à donner dans le même temps leur voix à l’UMP lors du scrutin présidentiel pour exprimer leur volonté de sortir de la crise », estime Jean Chiche, chercheur au Cevipof (Les Echos).
Abstention. Dans Le Figaro, ce sont les sondologues Bruno Jeanbart et Hugues Cazenave (OpinoWay), habitués des colonnes du quotidien, qui commentent les résultats. La victoire de la gauche est nette, expliquent-ils et, certes, les électeurs ont pu privilégier d’abord les enjeux locaux mais ce sont les candidats de l’UMP qui ont été les plus durement touchés par l’abstention. Globalement, c’est plus d’un électeur sur trois qui ne s’est pas déplacé, un record sous la Ve République pour un second tour.
Pragmatisme. Avant que le scrutin ne soit ouvert Le Monde, dans son édition du week-end, s’interrogeait : quelle différence y-a-t-il entre municipalités de droite et de gauche ? Pas beaucoup, estime le quotidien. Dans la gestion des grandes villes, c’est le « pragmatisme » qui domine. Qu’il s’agisse du logement, des transports, de la sécurité ou de la petite enfance, les approches « sont souvent similaires dans des communes pourtant dirigées par des maires de bord opposés. » « Ce pragmatisme explique que la plupart des délibérations examinée par les conseils municipaux soient votées à l’unanimité. »
Remaniement. La rumeur du remaniement gouvernemental court depuis de longues semaines. Selon Le Figaro elle aura lieu cette semaine. Outre le fait que les ministres battus ne devraient pas être renvoyés, ce refaçonnement du gouvernement semble devoir porter en bonne partie sur son dispositif de communication. Mais Le Figaro annonce pourtant la création d’un secrétariat d’Etat à l’Aménagement du territoire, rattaché au ministère du Développement durable, « qui permettra aussi de copiloter la réforme de la carte hospitalière », écrit le quotidien. Celui-ci annonce également Anne-Marie Idrac, fraîchement évincée de la direction de la SNCF, pour prendre en main le dossier du Grand Paris.